Soutenance de thèse de doctorat de Lia Giraud

L’œuvre-processus : Pratiques dialogiques entre biologique et technique, vers une écologie de l’œuvre

Thèse présentée par Lia Giraud (SACRe PSL / EnsadLab).
Dirigée par Samuel Bianchini et encadrée par Claude Yéprémian.

Jury

• Michelle Debat (Université Paris 8, Rapporteure)
• Jean-Paul Fourmentraux (Université Aix-Marseille, Rapporteur)
• Geneviève Almouzni (Institut Curie, Examinatrice)
• Perig Pitrou (Collège de France, Examinateur)
• Ivan Toulouse (Université Rennes 2, Examinateur)
• Samuel Bianchini (École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Directeur de thèse)
• Claude Yéprémian (Muséum Nationale d’Histoire Naturelle, Encadrant de thèse)

Résumé de la thèse

Comment la mise en œuvre de processus biologiques et techniques, dialoguant au sein d’un dispositif artistique, contribue-t-elle « en pratique » à l’élaboration d’un « milieu associé » nécessaire dans notre contexte technoscientifique actuel ?

Notre identité, qui se définit dans une double expérience biologique et culturelle du monde (E. Morin), semble aujourd’hui mise en tension par l’existence d’un « milieu dis-socié » (B. Stiegler) fragilisant l’élaboration individuelle et collective. Dans son approche du vivant et de la technique, le contexte technoscientifique actuel favorise ce sentiment de discontinuité : malgré une proximité physique grandissante, les opérations qui rassemblent ces deux entités semblent en effet occulter l’expérience sensible et significative qu’elles suscitent. S’appuyant sur une pratique personnelle, mise en regard d’un état de l’art, cette thèse d’artiste envisage de soigner cette relation, en la mettant « à l’œuvre » au cœur du dispositif artistique : le « medium » artistique sera envisagé comme un « milieu associé » (G. Simondon) capable de lier forme et structure, éléments naturels et techniques, expériences physique et psychique.

Par sa qualité à concilier action, matérialité, perceptibilité et signification, l’approche artistique du processus s’offre comme hypothèse de recherche choisie : Les œuvres-processus instaurent ainsi un dialogue opératoire et significatif entre des processus vitaux et techniques, constituant un corpus d’œuvres et de projets interdisciplinaires dans lesquelles scientifiques, ingénieurs et artistes collaborent. Parmi eux, une expérience d’apprentissage épigénétique intitulée Éducation à la danse pour 8 plantes Télégraphe, une recherche autour des stromatholites qui explore le caractère mythologique de la biominéralisation et l’esthétique du geste technique ; ou encore le Temporium, une sculpture-laboratoire créant des images vivantes et qui cristallise plusieurs aspects de ce travail de recherche : le passage de la recherche à l’œuvre, les contraintes d’un matériau vivant, le double défi technique et esthétique du projet et l’autonomie de l’œuvre en exposition. La description et l’analyse de cette recherche « par la pratique » serviront de terreau pour répondre à notre problématique, sous une forme plus théorique, abordant autant les enjeux esthétiques de l’œuvre-processus que les potentiels du contexte de recherche en art qui accompagne sa création.

Par son esthétique du devenir, sa qualité de milieu physico-symbolique, l’œuvre-processus déploie une activité relationnelle qui contribue non-seulement à une expérience esthétique associante, mais ouvre aussi le lieu d’exposition à un nouveau rôle sociétal. Si elle apparaît initialement comme une contrainte, la technicité de l’oeuvre-processus pourra être source d’individuation pour son praticien. Cette dimension instrumentale ouvre également des pistes de valorisation hors du champ artistique, aidée par le caractère interdisciplinaire des projets. Sur un plan plus immatériel, cet écosystème de recherche pluriel contribue aussi à l’expression d’une « singularité collective » et à l’élaboration d’une « fabrique du commun ». Néanmoins ponctuée d’échecs, cette recherche pointe ses fragilités en révélant certaines limites de l’artiste-chercheur face aux contraintes du milieu artistique actuel.

Ce constat nous mènera à prendre en compte l’« écologie » de ce projet, l’œuvre-processus apparaissant comme un support privilégié pour la création d’un système, visant à travailler ensemble les dimensions mentales, environnementales et sociales qui caractérisent l’expérience humaine.

Mots-clés : Arts visuels, Art/Science, Biologie, Technique, Recherche & Création

Le doctorat SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche)

Programme phare de l’Université de recherche Paris Sciences & Lettres (PSL), SACRe réunit les cinq grandes écoles d’art et de création de Paris et l’ENS. Il est dédié aux créateurs. Explorer les territoires communs de la recherche et de la création, permettre à des créateurs et à des chercheurs de travailler et d’inventer ensemble : telle est l’ambition. Interdisciplinaire dans son esprit, elle réunit des artistes, créateurs et designers, mais également des théoriciens en sciences exactes, humaines et sociales, mettant ainsi en jeu une étroite articulation de la pensée et du sensible. Le doctorat SACRe consiste en la création d’œuvres, étroitement associées à une démarche réflexive s’appuyant sur des champs théoriques et scientifiques. Récemment créé, SACRE / le laboratoire (EA 7410) réunit une centaine de chercheurs dont une cinquantaine de doctorants. Cet ensemble fait de SACRe un dispositif de formation et de recherche unique en Europe.
Directeurs SACRe : Emmanuel Mahé & Jean-Loup Rivière
Information : direction.sacre@univ-psl.fr / www.univ-psl.fr