Emanuele Quinz (dir.)
Ed. les presses du réel, Dijon, 2021



« Il est impossible de définir le design ». Nous rencontrons de plus en plus souvent cette déclaration de la part de critiques et d’historiens du design. Une habitude ? ou l’aveu d’une réelle impossibilité – d’identifier et de délimiter les frontières d’un phénomène trop étendu ou insaisissable. Comme si le design n’était plus une discipline au sein d’un système artistique, un secteur professionnel et productif au sein d’un système économique, un champ de techniques, de concepts, de pratiques et de traditions au sein d’un horizon culturel, mais au contraire une notion qui se prête à une forme d’universalité : le design est toutes ces choses, et bien plus encore ». C’est donc, stratégiquement, à travers une série de conversations qu’Emanuele Quinz nous propose dans ce volume une analyse comparative de cette discipline en constante évolution. L’auteur se sert de ses compétences d’historien pour pénétrer les processus créatifs inextricablement liés à l’art, et donc non liés à des fins strictement fonctionnelles. Paradoxalement, en fait, une grande partie du design récent est née contre l’idée que le design est une production à l’infini d’objets commerciaux, à commencer par l’exposition décisive Italy: The New Domestic Landscape, qui s’est tenue au MoMA à New York en 1972 et qui a mis en avant l’architecture radicale italienne. Les personnalités interrogées ici constituent donc un échantillon générationnel qui remonte aux pionniers du « contre-design » de l’époque, tels que Ugo La Pietra et Gianni Pettena, aux représentants du design conceptuel et du design critique néerlandais des années 1990, jusqu’à certains des principaux auteurs de la scène internationale actuelle, comme Martino Gamper, les frères Bouroullec ou Matali Crasset.
Le tableau qui en résulte permet de clarifier la nature du design au XXIe siècle, sans renoncer à souligner non seulement la pluralité des positions, mais aussi la transmigration des idées rendue possible par le statut particulier de ce matériau, heureusement intermédiaire entre l’art et l’industrie, qui devient aussi de plus en plus déterminant pour le destin de l’architecture et de l’urbanisme de notre temps.
Site Internet : https://www.quodlibet.it/libro/9788822903266
“Maintenance, maintenant, main tenant”, in Marie-Ange Brayer et Olivier Zeitoun (sous la dir.), La Fabrique du vivant, Ed. HYX et Centre Georges Pompidou, Orléans, Paris, 2019, pp.104-115.
Téléchargez ici :
↓ Bianchini S. Quinz E. – Maintenance, maintenant, main tenant

Sur une idée originale de Samuel Bianchini et Emanuele Quinz, un dispositif élaboré dans le cadre du groupe de recherche Reflective Interaction d’EnsadLab, laboratoire de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD), Université PSL, Paris.
Dispositif scénographique conçu et réalisé sous la direction de Samuel Bianchini avec Adrien Bonnerot et Pernelle Poyet (design objet), Annie Leuridan (design lumière), Sylvie Tissot et Didier Bouchon (réalisation informatique) et Brice Ammar-Khodja (vidéo). Réalisation de la table et de ses ustensiles : Atelier H2.
Ce projet bénéficie du soutien de la Chaire arts & sciences de l’École polytechnique, de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs – PSL et de la Fondation Daniel et Nina Carasso. Les recherches relatives aux nouvelles formes d’écriture interactive de la lumière sont effectuées en lien avec le projet “Dynamic Light” mené avec l’Université Concordia (Montréal) et le soutien du Fonds de recherche du Québec.
Pour sa première, Dissect est présentée au Centre Georges Pompidou en clôture du colloque Behavioral Matter, le 29 mars, à 20h30. Proposée en marge de l’exposition La Fabrique du vivant, on y parle du vivant avec le vivant, avec des œuvres de EcologicStudio (Claudia Pasquero et Marco Poletto) et les interventions de Marie-Sarah Adenis (designeuse et biologiste), Frédérique Aït Touati (historienne des sciences), Claire Brunet (philosophe), Emanuele Coccia (philosophe), Olivier Dauchot (physicien), Manuelle Freire (chercheuse en recherche-création), Emanuele Quinz (historien de l’art et du design) et Patricia Ribault (historienne et théoricienne de la Gestaltung).

Afin de renouveler le genre de la table ronde – qui ne garde souvent de rond que son titre –, de renouer avec des formes d’échanges bien plus vives que celles des colloques avec leur enchaînement d’interventions préparées à l’avance, de provoquer des débats radicalement pluridisciplinaires et d’être en prise avec les objets même de la discussion, un nouveau format est proposé : Dissect. Librement inspirée des leçons d’anatomie – comme celle du Docteur Tulp, relatée par Rembrandt en 1632 – Dissect propose d’analyser et de débattre d’œuvres contemporaines d’art et de design présentées et possiblement manipulées sur une table dans une scénographie interactive originale. Désormais, il ne s’agit plus de disserter sur les choses, mais avec celles-ci, en alliant paroles, gestes et objets, dans un dispositif public commun.
Dissect, Centre Georges Pompidou, Paris, mars 2019
Vidéo – 6mn 33s – Haut débit recommandé
Réalisation : Corentin Laplanche-Tsutsui et Kiana Hubert-Low






La deuxième présentation de Dissect a eu lieu au Grand Palais (Paris) à l’occasion de Paris Photo 2019 avec des œuvres de Meghann Riepenhoff, en présence de l’artiste, avec les interventions d’Emmanuel Alloa (philosophe), Federica Chiocchetti (écrivaine et curatrice), Luce Lebart (historienne de la photographie et curatrice), Emanuele Quinz (historien de l’art et du design), Pascal Viel (chimiste), Dork Zabunyan (historien de l’art et du cinéma). Utilisant la technique ancienne du cyanotype, Meghann Riepenhoff interroge la nature de nos relations aux paysages, au temps et à l’impermanence, avec des expérimentations qui entremêlent chimie et lumière.











Évoluant tout en maintenant vivantes ses approches traditionnelles, le champ du design s’est ouvert à de nouvelles pratiques, à de nouvelles approches théoriques et à de nouvelles méthodologies au fil du temps et notamment depuis les années 2000. Si, comme Buchanan l’expliquait déjà en 1992, le design concerne des interventions à des échelles allant de l’image à l’objet, à l’espace et au système, il se décline maintenant en autant de pratiques, de modèles théoriques et de méthodologies qu’il convient de situer et d’interroger.
Des pratiques plurielles. Ainsi, au-delà des pratiques traditionnelles du design graphique, d’intérieur, de produits, se sont développées le design d’interactions (Buxton, 2007 ; Norman, 2002), le codesign (Sanders et Stappers, 2008 ; Meroni et autres, 2018), le design de service (Kimbell, 2014 ; Sangiorgi et Prendiville, 2017), le design d’expériences (Shedroff, 2001 ; Hassenzahl, 2010), le design d’interfaces et le design d’information (Horn, 1999), le design management (Borja de Mozota, 2018), le design thinking (Brown, 2014) dans les milieux des sociétés, politiques et administratifs (Julier et Kimbell, 2016), le design de politiques (27e Région, 2010 ; Kimbell, 2015).
Des perspectives conceptuelles et théoriques multiples avec l’apparition, entre autres, d’une réflexion sur la responsabilité (Papanek, 1972), sur l’innovation sociale (Manzini, 2015), sur l’activisme par le design (Fuad-Luke, 2009), sur le féminisme (Sparke, 1995; Buckley, 2009), sur la décolonisation (Escobar, 2018), sur le design de transition (Irwin, 2015), ouvrant elles-mêmes de nouvelles pratiques critiques et avenues de recherche.
Des méthodologies diversifiées issues d’un ancrage de plus en plus affirmé dans les sciences humaines et sociales, qui tend à transformer les liens du design avec les arts appliqués et les sciences de l’artificiel (Simon, 2004). Cet ancrage amène des méthodes reposant sur une compréhension fine des perspectives cognitives, sociologiques et anthropologiques de l’expérience humaine.
Le design demeure l’activité transdisciplinaire qu’il était déjà, mais il s’étend sur ses pratiques, ses théories, ses méthodes, ouvrant alors de toutes nouvelles perspectives tant en matière de recherche que de pratique. En touchant aux enjeux pratiques, théoriques et méthodologiques, c’est finalement également la question de l’assise épistémologique et des spécificités des métiers du design qui se pose. Ces nouvelles frontières du design poussent donc également à réfléchir sur son identité profonde.
Ce colloque vise à réfléchir à ces mutations en cours et à venir. Plusieurs questions y sont traitées, de manière non exhaustive. En voici quelques-unes : quelles relations entre les approches traditionnelles et renouvelées du design ? Quels impacts ont ces nouvelles pratiques, théories ou approches ? En s’étendant de la sorte, peut-on encore parler de design ? Faut-il repenser les assises épistémologiques du design ? Quelles sont les tendances futures pour le design ?
Nous remercions les institutions ayant contribué à l’organisation de ce colloque, notamment le groupe Design, innovations et humanismes ainsi que l’École de design de l’Université Laval.

Au cours de l’été, deux chercheurs de disciplines différentes se réunissent tous les deux jeudis pour discuter des limites de la perfection et du potentiel des imperfections des organismes naturels, des corps hybrides, des matériaux synthétiques et des ensembles techniques. La série de conférences offre également un forum de discussion sur les implications politiques et éthiques du terme. Les conférences et les discussions se déroulent en allemand et en anglais.
• 18.04.2019 — Introduction
Petra Löffler
Patricia Ribault
Martin Müller
• 02.05.2019 — Corps / Design
Hannelore Bublitz
Emilia Tikka
• 16.05.2019 — Animal / Culture
Christian Kassung
Emile de Visscher
• 13.06.2019 — Art / Technologie
Emanuele Quinz
Wolfgang Schäffner
• 27.06.2019 — Corps / Limites
Claudia Bruns
Penelope Wehrli
• 11.07.2019 — Son / Bruit
Jamie Allen
Colin Lang
Humboldt Universität zu Berlin
Département d’histoire et de théorie culturelles
En collaboration avec le pôle d’excellence « Matters of Activity. Image Space Material »
Samuel Bianchini, Rémy Bourganel, Emanuele Quinz, Florent Levillain et Elisabetta Zibetti, “(Mis)behavioral Objects, Empowerment of Users vs Empowerment of Objects”, in Empowering Users through Design, David Bihanic, Cham, Suisse, Éd. Springer, 2015.
Téléchargez ici :
↓ Bianchini S. Bourganel R. Quinz E. Levillain F. Zibetti E. – (Mis)behavioral Objects.en

Emanuele Quinz
Dijon, éd. Les Presses du Réel, 2017.
« Le public est dans le cercle parce que nous vivons en cercle. […] L’art nous apprend à vivre dans le cercle » expliquait, en 1967, John Cage dans un entretien.
Et c’est bien la voie que l’art entreprend avec les expérimentations des avant-gardes du début du siècle dernier, avec les pratiques de l’installation, de la participation ou de la relation des années 1960 et 1970, et plus récemment, avec les recherches technologiques des années 1990. Les artistes se détournent des objets pour explorer l’installation, la participation, la relation, l’interaction.
Analysant ces transformations dans une perspective interdisciplinaire, où les arts plastiques croisent la musique, les arts de la scène ou la performance, les essais réunis dans ce volume, écrits « sur le terrain », se déploient en parcours et convergent sur la définition d’un art sans objet, qui, comme un cercle invisible, entoure le public – tout à la fois environnement, système, dispositif.
Un livre édité par les Presses du réel
Collection Figures
édition française
15 x 21 cm (broché, couv. à rabats)
336 pages (ill. n&b)
22.00 €
ISBN : 978-2-84066-840-4
Pour acheter l’ouvrage : http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=5910
(Cliquez ici pour l’édition française)

Jehanne Dautrey & Emanuele Quinz
Idea Books, 2016
In recent years, strange — ambiguous, dysfunctional, enigmatic, and complicated — objects have emerged in the world of design. These objects are based on an approach that has been called anti-design, radical, conceptual, or critical design — a speculative design that instead of offering solutions raises questions. Design that is not subject to the imperatives of the power structures of society, but is instead critical. Via a strategy of modifying objects away from their usual forms and utilitarian functions, this design evokes unusual uses and behaviors, in turn opening the way to a more profound questioning of social and political values.
With the contributions of Gijs Bakker, Jurgen Bey, Pieke Bergmans, Bless, Jan Boelen, Elio Caccavale, Florence Doléac, Anthony Dunne & Fiona Raby, Didier Faustino, Catherine Geel, Ugo La Pietra, Mathieu Lehanneur, Luca Marchetti, Alessandro Mendini, Gianni Pettena, Stijn Ruys, and Noam Toran.
With the support of the Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs in Paris and the Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design in Nancy, as well as the “Scènes du Monde, Création, Savoirs Critiques” Université Paris 8 Research Unit (EA 1573).
Artistic direction: Ludovic Burel
Graphic design: Clément Le Tulle-Neyret
Translation from French into English: Jonathan & David Michaelson (JD-Trad)
15 x 23 cm
380 pages
30 €
ISBN: 978 2 917053 26 3
Website: http://www.readit.fr/index.php?/catalogue/strange-design-us/
(Ouvrage en anglais)

Three grand pianos slowly make their way through the large exhibition space allotted to them, sometimes bumping into one another. These animate objects, which constitute offroad (2014), a work by the artist Céleste Boursier-Mougenot, appear to be living beings, each with its own behavior. They are perfect examples of behavioral objects, whose little-known history dates back to the avant-garde and the emergence of cybernetics.
What exactly is a behavioral object? How can it be analyzed, understood, theorized, experienced, and how can we conceive of works that possess the faculty of action and reaction to their environment and public? Examining three works by Céleste Boursier-Mougenot, this book tackles these questions and defines a new field of research and practice.
Contributions by Samuel Bianchini, Céleste Boursier-Mougenot, Jaime DeSimone, Jean-Paul Laumond, Florent Levillain, Emanuele Quinz, Bénédicte Ramade, Trevor Smith, Elisabetta Zibetti
Published by Sternberg Press and École nationale supérieure des Arts Décoratifs – Paris PSL Research University
With the support of the Université Paris 8 and Labex Arts-H2H
Design by Bertrand Sandrez
16.5 x 23 cm
224 pages (52 b/w and 50 color ill., softcover)
€16.00
ISBN: 978-3-95679-172-7
Website MIT Press : https://mitpress.mit.edu/books/behavioral-objects-i
Website éditeur : https://www.sternberg-press.com/product/behavioral-objects-i-a-case-study-celeste-boursier-mougenot/
Jack Burnham et Hans Haacke
Dijon, éd. Les Presses du Réel, 2015
« On assiste de nos jours au développement d’une polarité entre l’œuvre finie et unique du « grand art », c’est-à-dire de la peinture ou de la sculpture, et des réalisations qui peuvent approximativement être désignées comme non-objets, ceux-ci étant des environnements ou des artéfacts qui résistent à la l’analyse critique en vigueur… » – Jack Burnham
En 1968, Jack Burnham propose d’utiliser le terme « systèmes » pour définir les pratiques artistiques de ces années-là, qui semblent dépasser le statut traditionnel de l’œuvre comme objet. Dans deux essais célèbres, parus dans la revue Artforum (System Esthetics, 1968 ; Real Time Systems, 1969), dont nous publions ici la première traduction française, Burnham dessine le profil d’une « esthétique des systèmes » : comme une perspective relationnelle qui relie des éléments hétérogènes, des dispositifs technologiques mais aussi des organismes vivants.
L’artiste Hans Haacke adopte le même terme pour décrire ses œuvres des années 1960, dans lesquelles il expose des phénomènes physiques et naturels. Mobilisant un intense débat à son époque, la « pensée des systèmes » est loin d’avoir perdu son actualité : sous des formes et des noms différents, elle imprègne le monde de l’art actuel.
Collection Labex
Edité par Emanuele Quinz
Préface d’Emanuele Quinz
Postface de Caroline A. Jones
Traduction de l’anglais (américain) par Franck Lemonde
édition française
12,2 x 19 cm (broché)
168 pages (ill. n&b)
16.00 €
ISBN : 978-2-84066-793-3
Pour acheter l’ouvrage : http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=3853
(Cliquez ici pour l’édition anglaise)

Jehanne Dautrey et Emanuele Quinz
Villeurbanne, it: éditions, 2014
Depuis quelques années ont fait leur apparition dans le monde du design des objets étranges : des objets dysfonctionnels, énigmatiques, compliqués. Ces objets relèvent d’une posture que les designers anglais Anthony Dunne et Fiona Raby ont défini Critical Design (design critique) : un design spéculatif, réflexif, qui ne veut pas proposer des solutions, mais plutôt poser des questions, qui veut défier les affirmations rapides, les préjugés et lieux communs sur le rôle des produits dans la vie de tous les jours. Un design qui ne se veut pas affirmatif, c’est-à-dire soumis aux impératifs des systèmes de pouvoir, mais au contraire critique.
Cette « attitude » n’est pas nouvelle, mais a, au contraire, une histoire, qui longe la frontière entre art et design.
L’objectif de cet ouvrage n’est pas de reparcourir cette histoire de manière exhaustive ou linéaire, mais plutôt d’en envisager quelques épisodes afin de dégager les outils critiques dont ils sont porteurs pour l’histoire du design — comme une sismographie qui indique les résurgences de la crise d’un modèle.
Quatre moments de l’histoire du design ont été choisi : le Design Radical italien (à partir de 1967 – jusqu’à Alchimia et Memphis qui en constituent en quelque sorte une forme d’épilogue), le design conceptuel néerlandais des années 1990, le Critical Design anglais des années 2000, pour ouvrir sur la scène contemporaine (notamment en France).
Direction artistique : Ludovic Burel.
Conception graphique : Clément Le Tulle-Neyret.
15 x 23 cm (broché)
380 pages
28.00 €
ISBN : 978-2-917053-18-8.
Site de l’éditeur : http://www.readit.fr/index.php?/catalogue/strange-design/