Trafic

Dominique Peysson – Art et Science Microfluidique (2014)

Trafic a pour ambition de projeter l’image de la matière en mouvement, comme s’il s’agissait d’un film. Un circuit contenant un fluide, dont les canaux font la taille d’un cheveu, se trouve dans un système de projection optique et son image est agrandie cent fois. Des gouttes, non miscibles, passent dans ces canaux comme autant d’unités de données dans un continuum analogique. Leurs formes sont parfaites et leur mouvement très régulier car le fluide est laminaire à ces dimensions. Des opérations de division ou d’inclusion entre les gouttes prennent place sous nos yeux, évoquant dans leur régularité les visuels des jeux informatiques des premiers temps. La circulation des gouttes qui continue sans fin donne une image digitalisée du fluide. C’est le design particulier du circuit dans lequel elles circulent qui permet d’effectuer les opérations sur les gouttes, dans un rapport dynamique entre la forme et la matière.

L’appareil inventé pour l’occasion, un « apodiscope », permet de voir simultanément le même objet selon deux échelles de grandeur disjointes. Une sorte de vision en parallaxe, le changement de position de l’observateur dans l’espace étant remplacé par un changement de positionnement sur l’échelle des dimensions. Il offre une vision décentrée, pouvant basculer entre une subjectivité macroscopique (que l’on voit en tout petit) et une découverte mésoscopique (que l’on voit en très grand, projetée au mur). La matière liquide y est totalement maîtrisée. Le système d’agrandissement ne passe par aucun système de captation numérique. Contrairement à la vision binoculaire d’un microscope qui n’ouvre sur le champ observé qu’en deux points, aux dimensions très réduites dans l’espace, l’image agrandie recouvre le champ de vision de l’espace du spectateur, qui s’y trouve enveloppé.


Crédits

Design avec Adrien Bonnerot
Conseil Scientifique : Patrick Tabeling et Fabrice Monti, laboratoire MMS, ESPCI
Dans le cadre du programme Reflective Interaction/EnsadLab (Laboratoire de recherche de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs) avec le soutien de Paris 1 Panthéon Sorbonne et de PSL.